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RASSEGNA STAMPA
FIGARO MAGAZINE 4 novembre 2000
Le Nouvel Observateur 2000 n. 1881
Le Nouvel Observateur
Isabelle Adjani : retour
sur scène
Isabelle Adjani remonte
sur les planches au théâtre Marigny dans le rôle de Marguerite
Gautier, héroïne de la pièce de Dumas fils "La dame aux
camélias".
Après 17 années dabsence, Isabelle Adjani fait ce
mercredi son retour sur les planches de la scène du théâtre
Marigny dans le rôle de Marguerite Gautier, la courtisane héroïne
de La dame aux camélias, daprès Alexandre
Dumas fils.
Cest Robert Hossein, celui qui lavait découverte et
lancée à Reims, qui a convaincu lactrice de revenir au théâtre.
Cest lui également qui a repris en main le théâtre
Marigny et a confié la réalisation de la pièce à lanimateur
argentin du Groupe TSE, Alfredo Arias. Ce choix est
principalement une idée de René de Ceccaty auquel Robert
Hossein avait initialement confié ladaptation théâtrale.
Quand on lit la pièce de Dumas, on peut percevoir
rapidement tout ce qui fait lartifice du théâtre de la
seconde moitié du XIXème siècle, donc pour mon adaptation, jai
totalement écarté la pièce et avant même décrire mon
adaptation, lorsque jai parlé pour la première fois à
Isabelle Adjani, je lui ai dit mon intention den faire un
drame intérieur, intimiste et intense, de mattacher à la
représentation de la passion, de limiter le nombre des
personnages, de rendre la maladie présente, mais abstraite, dévincer
tout relent fin de siècle, déliminer les fêtes, de
suivre les sinuosités de laction passionnelle.
Bien entendu, jai écrit mon adaptation en ayant
devant moi le visage dIsabelle Adjani, en ayant en tête
son jeu, sa voix, son regard, ses gestes, son rythme.
Très peu de détails ont filtré de la préparation du spectacle.
On sait juste que, dans la grande salle rafraîchie du Théâtre
Marigny, Roberto Plate a imaginé la réplique sur scène de la
grande salle rouge et or du théâtre avec ses balcons sculptés,
en arrière plan un jeu de cadre à bords dorés pour la
profondeur, de légers tulles, de rares meubles, un petit secrétaire
et le lit de lhéroïne. (N.O.)
Le Monde
Le rêve à théâtre
ouvert d'Isabelle Adjani
Absente des
scènes depuis dix-sept ans, la plus secrète de nos actrices
retrouve les planches avec « La Dame aux camélias », une pièce
de René de Ceccatty d'après le roman d'Alexandre Dumas fils présentée
jusqu'au 25 janvier à Marigny, dans une mise en scène d'Alfredo
Arias.
DIX-SEPT ANS après, elle était souriante. Dix-sept ans qu'Isabelle Adjani n'avait posé le pied sur une scène de théâtre. Elle a seulement quelques années de plus, moins jolie peut-être, plus belle, certainement, le visage mûri par une solitude jalousement cultivée, les marques d'une, ou deux, ou trois histoires d'amour... On n'en saura rien. Isabelle Adjani est souriante... et stoïque. « Je refuse tout entretien avec un quelconque représentant des médias avant la création publique de La Dame aux camélias, a-t-elle expliqué à Alfredo Arias. Mon plaisir est de faire un vrai travail de théâtre et surtout pas de le »vendre«. Laissez-moi le faire jusqu'au bout ! »
Pas question pour elle de vampiriser une production qu'elle a voulue, initiée, organisée, soignée dans ses moindres détails et conçue comme une aventure collective et, en aucun cas, comme devant marquer le retour d'une étoile sur les planches (lire ci-contre). La comédienne redoutait que la moindre dérogation à cette règle ravale au rayon des accessoires ses compagnons du moment. Caprice de star ? Esquisse de la naissance d'une antistar ? Manifestation d'un indéniable génie de la communication qui peut observer, depuis cette ferme résolution, que tous les articles consacrés à La Dame aux camélias ne parlent que d'elle sans jamais parler avec elle ?
Inutile de cacher l'agacement du journaliste éconduit. Quelques journaux, choisis par Isabelle Adjani, ont pu dépêcher l'un des leurs lors des répétitions du spectacle. A la condition d'entrer à Marigny comme on prend le voile. Tous dans le théâtre pouvaient être approchés et toutes les portes ouvertes, sauf une. L'auteur, René de Ceccatty, le metteur en scène, Alfredo Arias, les comédiens, les artistes et les techniciens en coulisse, tous étaient disponibles, ouverts, libres de leurs mots. Mais ceux qui croyaient qu'ils auraient droit à un quelconque traitement de faveur en ont été pour leur frais. Rien n'y ferait !
Pourtant, à la vision des « filages » du spectacle, une idée a surgi, directement inspirée de la pièce : la correspondance. « Paris, le 9 octobre 2000. Chère Isabelle Adjani... » Isabelle Adjani, contre toute attente, a lu la lettre et brisé la règle du silence. Avec une vraie chaleur. « Je voulais vous répondre, votre lettre était tellement gentille. Voyons-nous tout à l'heure », dira-t-elle un soir d'octobre dans le couloir qui mène à sa loge. Nous ne nous verrons pas ce jour-là ; le travail était alors trop prenant. A quelques heures du lever de rideau, l'actrice a pris son téléphone pour excuser ce contre-temps et livrer quelques-unes de ses impressions. Etait-elle en forme après deux mois et demi de répétition ? « Je suis seulement un peu fatiguée, confiait-elle, mais je suis sûre que ça va bien se passer. » Le trac ? « Non, franchement, de ce côté-là, ça va à peu près. Je voulais seulement vous dire comme votre lettre m'a touchée à un moment où ce type de témoignage est très important pour moi. » Tant pis pour ceux qui soutiennent que le secret est une seconde nature chez cette femme remarquable et trop souvent assaillie... A la veille de la répétition générale, un gang de quatre « journalistes », dépêché par un hebdomadaire à sensation, s'est ainsi infiltré dans le théâtre et s'en est pris brutalement à l'actrice, renouvelant ces gestes inacceptables qui l'ont tenue si longtemps à l'écart de tout projet artistique.
Pourtant, quelle générosité chez Isabelle Adjani, Marguerite Gautier hors convention, seulement habillée, jusqu'aux presque derniers jours de répétition, d'une jupe à volants de tulle blanc et d'un justaucorps rose noué sous les seins ! Elle se livre sans barguigner, comédienne à son travail. Sans doute la plus belle des déclarations, la plus forte réponse aux questions que chacun se pose, malgré l'incertitude, la fragilité induites par l'état de recherche et l'approche du lever de rideau. Don de soi, consomption, tout ce que l'on sait déjà d'elle et qui, si longtemps après, se réinvente sous nos yeux, construction d'un personnage, reconstruction d'une comédienne.
La moindre minute du temps d'Isabelle Adjani est tout entière consacrée au travail, à l'amitié aussi qui a surgi dans la petite troupe qu'elle s'est choisie. Chacun se souvient d'un couscous qu'elle a offert à la troupe, des sandwichs qu'elle partageait pendant les pauses... Chacun se souvient surtout des échanges nombreux, des conversations, autant de discussions sereines partagées avec elle sur le chemin des représentations. Un but, un seul : l'accord parfait. Seul accident dans cette longue marche : le départ, un jour de septembre, de Redjep Mitrovitsa - choisi pour incarner le double de l'auteur en scène, le personnage de Charles. Désaccord à l'amiable. Thibault de Montalembert, absent des scènes depuis son départ du Français il y a quatre ans, a depuis rejoint la troupe et on jurerait qu'il n'a pas manqué un jour de répétition. Tous les témoignages concordent : chacun est ici lancé dans un projet de théâtre et rien d'autre.
Avec ses mots à elle, Aurore Clément, interprète du rôle de Prudence, l'amie, la confidente de Marguerite Gautier, dit cette admiration partagée par tous pour Isabelle Adjani : « Quand on m'a dit que vous veniez, j'ai rédigé ce petit texte, pour être sûre de ne rien oublier. Je vous le donne : »Isabelle a le sens du sacré de façon pure et absolue. Tout en elle est musique et transfiguration. Tout ce qui est froid et banal dans la vie devient transparent, éclatant, sous le rythme enflammé de ses sentiments. Ce qui sort de son propre coeur, c'est un sentiment infini. Cette force suprême de son être : la musique. Voilà pourquoi je suis si heureuse de me retrouver près d'elle. Aurore.« » Aurore sanglée dans un tailleur noir, les cheveux blonds remontés sur la nuque, voix de velours, soeur en scène d'une grande absente à qui elle ressemble aujourd'hui sans jamais lui ressembler, Delphine Seyrig.
D'autres preuves d'amour ? Il suffit de s'entretenir un instant avec Yannis Baraban, passé de Bobigny, où il a joué dans les récents spectacles de Jean-François Peyret, à Marigny, où il pensait ne devoir jamais pénétrer. Il y sera pourtant Armand Duval, jeune premier aussi mythique que Marguerite : « Isabelle est arrivée ici avec énormément d'enthousiasme, d'humilité aussi. Notre groupe s'est soudé grâce à elle. Elle a empêché tout dérapage habituellement inhérent au théâtre privé, au star-système. Pendant les lectures, j'étais comme au spectacle : je regardais une actrice hors pair qui construisait avec brio ce que chaque spectateur pourra voir au soir de la représentation. J'étais intimidé à l'idée de devoir jouer autant de scènes intimes avec une femme mais j'étais très excité de devoir le faire avec elle. Nous sommes restés tous les deux seuls sur le plateau pendant deux semaines, sous le regard d'Alfredo Arias. On ne pouvait pas tricher avec la sensualité, la sexualité émanant de certaines scènes. Armand Duval est bouleversé par Marguerite, par le corps de Marguerite. Il fallait le jouer et laisser toute pudeur au placard. Elle m'a beaucoup aidé et cela ressemble pour moi au bonheur de travailler. »
L'humeur joyeuse de la troupe se ressent dès l'entrée du théâtre. Acteurs et techniciens fraternisent devant la machine à café. Un peu plus loin, dans le hall, Alfredo Arias dit sa joie, ce jour-là à genoux dans la moquette épaisse du théâtre refait à neuf : « Je respire encore, je marche normalement, ou presque ! Je ne pensais pas avoir jamais une telle chance de passer dans la profondeur du mélodrame. Le texte a des nuances oniriques, cauchemardesques même, il invente des voix intérieures, il multiplie les développements sans jamais oublier le noyau central : la passion sensuelle de Marguerite et d'Armand. Avec Isabelle, nous avons pu rassembler des gens avec qui on pouvait s'oublier dans le travail. On ne peut rêver le théâtre que dans une troupe de rêve. »
« J'ai écrit le rôle de Marguerite pour Isabelle Adjani, ajoute René de Ceccatty. Il lui ressemble par son intelligence, son émotion, le désir mythique qu'elle suscite, et cette manière de se sentir poursuivie contre quoi luttent l'actrice, comme le personnage. Sans elle, sans la stimulation de plusieurs de ses rôles, comme Adèle h. ou Camille Claudel, je n'aurais jamais pu écrire une telle pièce. Alfredo et moi étions d'accord pour considérer qu'Isabelle Adjani est un personnage de fiction exceptionnel. » Tout est ici réuni pour que les représentations de Marigny leur donnent vite raison.
La Dame aux camélias, de René de Ceccatty, d'après le roman d'Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Alfredo Arias. Avec Isabelle Adjani, Yannis Baraban, Aurore Clément, Marylin Even, Didier Flamand, Thibault de Montalembert, François-Xavier Noah, Nicolas Struve, Anne Suarez et Per Tofte. Théâtre Marigny-Robert-Hossein, Carré Marigny, Paris 8e. Tél. : 01-53-96-70-00. Mo Champs-Elysées-Clemenceau. Du mardi au samedi, à 20 h 30 ; samedi et dimanche, à 16 heures. De 70 F (10,67 euros) à 350 F (53,36 euros). Jusqu'au 25 janvier. Olivier Schmitt
LE FIGARO
Dans les coulisses de La Dame aux camélias
Un théâtre dans lequel se répète un spectacle a des allures
de paquebot avant l'appareillage. On circule sur les ponts et des
ordres fusent que l'on ne comprend pas toujours si l'on n'est pas
dans les secrets du capitaine. Plusieurs semaines durant, Armelle
Héliot a suivi les répétitions.
Armelle Héliot Publié dans le Figaro Quotidien du samedi 7
octobre, page
Au Théâtre Marigny, ces temps-ci, tout évoque un grand départ.
Le foyer a été entièrement refait et des câbles courent
partout. Ça sent la peinture fraîche... On marche sur des
thibaudes et des travaux ont eu lieu au premier étage dans les
loges. En achetant le bail de ce monument et en en confiant la
direction artistique à Robert Hossein, François Pinault a
souhaité en faire un des lieux les plus rayonnants de l'art
dramatique à Paris avec ses créations et son école gratuite.
On a choisi un gris perle rehaussé de filets d'or pour le foyer,
des tons sobres pour les loges qui s'enroulent au long du couloir
circulaire du bâtiment que Charles Garnier construisit. C'était
un «Panorama» : c'est pourquoi Marigny a des allures de
cirque. On y présentait de grandes scènes héroïques de l'histoire
récente comme le siège de Paris.
Tandis que dans la salle Popesco se poursuivent les représentations de Huis clos, mis en scène par Robert Hossein, on attend pour le 18 octobre, dans la grande salle, la première de La Dame aux camélias. Depuis le cur de l'été, l'équipe réunie autour d'Alfredo Arias travaille sans relâche.
C'est en avril dernier que le fondateur du TSE a été désigné pour mettre en scène le spectacle. Robert Hossein, qui avait convaincu celle qu'il fit débuter dans le rôle d'Adela de La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, à Reims, en 1973 - elle avait 17 ans - de faire son grand retour au théâtre, avait pensé un moment signer lui-même la mise en scène. Mais les charges de sa responsabilité de directeur artistique de Marigny l'ont conduit à préférer une autre solution.
L'équipe artistique était déjà réunie : le texte avait été écrit par René de Ceccatty d'après le roman d'Alexandre Dumas fils, le décor avait été confié à Roberto Plate, les costumes à Dominique Borg, les lumières à Jacques Rouveyrollis. Le chaînon manquant n'était-il pas naturellement Alfredo Arias qui retrouvait là des collaborateurs réguliers de ses spectacles ?
D'ailleurs, Arias connaissait le texte de Ceccatty, qui avait sollicité ses amicales réflexions sur la manière de trouver la fluidité scénique d'un ouvrage découpé en vingt tableaux et dont l'action conduit de l'appartement de Marguerite à l'Opéra, de Paris à Bougival, en un mouvement cinématographique.
En mai-juin, la distribution fut réunie : un Armand jeune premier romantique par excellence, formé Rue Blanche et au Conservatoire, Yannis Baraban, un M. Duval, jeune encore, Didier Flamand. Aurore Clément serait Prudence, l'amie, Maryline Even, Nanine, la gouvernante, Anne Suarez, Olympe, jeune beauté troublante, Nicolas Struve, Gustave, l'un des amis de la bande, Per Tofte, acteur de grand renom en Norvège, le duc de Bassano, protecteur de Marguerite, François-Xavier Noah, Rodolphe, jeune amant fortuné de La Dame aux camélias. René de Ceccatty, qui est revenu au roman de Dumas fils pour sa version dramatique, a imaginé un personnage, sorte de meneur de jeu qui semble en savoir beaucoup sur chacun et pressentir la fin tragique, Charles, double de Dumas fils, double de Ceccatty. Redjep Mitrovitsa a incarné jusqu'au 22 septembre cet homme "à l'écart". Et il a été "écarté" pour Thibault de Montalembert.
Le spectacle se donnera jusqu'au 31 janvier prochain. C'est une coproduction Société nouvelle Théâtre Marigny et Gilbert Coullier Organisation. Adjani rêve parfois de partir en tournée avec ses camarades. Qui sait...
LE PARISIEN
LE MYSTÈRE ADJANI
Elle nest pas montée sur scène depuis dix-sept ans. Elle na pas connu de succès au cinéma depuis « la Reine Margot », il y a sept ans. Elle traîne, parfois malgré elle, une réputation de diva capricieuse. Isabelle Adjani revient, ce soir, au Théâtre Marigny, dans « la Dame aux camélias ». Un véritable quitte ou double pour la plus secrète et la plus fantasque des actrices françaises.
Par
Pierre VAVASSEUR

RETOUR. « La Reine Margot » fut, au cinéma en 1993, son dernier grand rôle. A partir de ce soir, au Théâtre Marigny, Isabelle Adjani incarne Marguerite Gautier dans « la Dame aux camélias ». Avec cette pièce, la diva française joue son va-tout.
La
dernière chance d'Isabelle Adjani
S'IL FALLAIT
CLASSER hiérarchiquement les événements culturels de cette
rentrée déjà bien avancée, « la Dame aux camélias », dont
c'est ce soir la première représentation (il y en aura cent) au
Théâtre Marigny, viendrait assurément en tête. Pourquoi ?
Parce qu'Isabelle Adjani y fait son grand retour. Ce pourrait être
au cinéma mais c'est au théâtre et c'est mieux. Pour le public,
le théâtre est le vrai ring. C'est là qu'il reconnaît ses
stars, qu'il les apprécie physiquement, qu'il jauge leur talent,
leur rage, leur capacité à produire de l'émotion et à faire
preuve de résistance. Huppert, Belmondo, Depardieu ont relevé
le gant. Pas Deneuve. Adjani, révélée par le théâtre pour
son rôle d'Agnès, à la Comédie-Française, dans « l'Ecole
des femmes », a de nouveau cette force. Il faut lui rendre
hommage : c'est du courage. Sauf qu'avec elle, la pièce d'Alexandre
Dumas fils (qui affiche déjà complet jusqu'à Noël) réadaptée
pour les planches par René de Ceccaty, et mise en scène par l'Argentin
Alfredo Arias (« Peines de coeur d'une chatte française ») après
que Robert Hossein en a eu l'initiative s'enveloppe d'un tissu
serré de rumeurs, de on-dit, de témoignages rapportés, tendant
à laisser croire que la traversée n'a pas été sans tempêtes.
Adjani se serait conduite en diva. Caprices par-ci, caprices par-là. Exigences. Fâcheries. Miss Casse-pieds autrement dit. Mademoiselle Adjani, notamment, n'a pas voulu que son nom apparaisse en gros au fronton du théâtre. C'est plutôt bien. Sur les affiches, elle bénéficie du hasard alphabétique et les caractères sont les mêmes pour tout le monde. Cela n'est pas si courant. A-t-elle eu des exigences ? On serait mal venu, si c'est le cas, de les lui reprocher. Les Américains, quand ils débarquent à Cannes ou à Deauville, font bien pire. Et quand Greta Garbo et Sarah Bernhardt, qui furent aussi des Marguerite Gautier, enquiquinaient leur monde, personne n'y trouvait à redire parce qu'on pardonne tout aux légendes. Non, la question est ailleurs. C'est celle que l'on se pose tout bas, dans un dîner mondain comme au comptoir du plus humble bistrot. Où en est Adjani depuis « la Reine Margot », le film de Patrice Chéreau pour lequel elle décrocha son quatrième César, en 1994 ? La réponse est paradoxale. Isabelle Adjani est partout dans sa dimension de star et nulle part dans sa carrière d'actrice. L'échec du film « Diabolique », avec Sharon Stone, a contribué à ternir son éclat. Lorsque le succès trébuche, le silence des vedettes n'a plus la même intensité, il est, au contraire, celui du doute. La somptueuse actrice d'« Adèle H », de « Camille Claudel », de « la Reine Margot » ne peut vivre indéfiniment de ses rentes. Sa « Dame aux camélias » est sa dernière chance. A partir de ce soir au Théâtre Marigny, Carré Marigny, Paris VIIIe. A 20 h 30 du mardi au samedi. Matinées à 16 heures samedi et dimanche. Places de 70 F à 350 F. Location du lundi au samedi de 11 heures à 19 heures. Tel : 01.53.96.70.00.
Révélée
par le théâtre
CE QUI
DISTINGUE Adjani, c'est de s'être imposée très jeune sans
avoir préalablement suivi de cours d'art dramatique. « Tu n'as
pas appris mais tu sais », lui dit le metteur en scène Jean-Paul
Roussillon, un jour qu'elle doutait de pouvoir jouer du classique.
Mais, au fait, qui a vraiment découvert Adjani, la petite écolière
de Courbevoie ? Probablement Bernard Toublanc-Michel qui lui fit
tourner « le Petit Bougnat » à 14 ans, alors qu'elle était en
vacances. Cela dit, c'est tout de même le théâtre qui va la révéler
grâce à Robert Hossein qui l'emmène suivre ses cours à Reims
et lui confie le rôle d'Adela dans « la Maison de Bernarda ».
Cette fois, impossible de ne pas remarquer Adjani, et Pierre Dux
prend le risque d'engager à la Comédie-Française cette gamine
de 17 ans qui ne sort même pas du Conservatoire ! Et c'est le
triomphe de « l'Ecole des femmes » où, de mémoire de petit
chat, on ne vit plus touchante Agnès. L'année suivante, Adjani
est une merveilleuse Ondine et remplace Renée Faure dans « Port-Royal
». La voici vedette mais, déjà, le cinéma rêve d'en faire
une star. Truffaut la guette et l'Amérique la convoite. Elle
claque la porte de la Comédie-Française pour tourner « la
Gifle ». Le théâtre ne la récupérera que dix ans plus tard,
en 1983, avec « Mademoiselle Julie » au Théâtre Edouard-VII.
Quatre-vingt-dix représentations sont prévues mais, à la
trente-huitième, elle déclarera forfait, certificat médical à
l'appui. Scandale, procès... Il faudra attendre dix-sept ans
pour qu'elle remonte sur une scène à l'invite de Robert Hossein
!
André Lafargue
Le
cinéma l'a consacrée
DES YEUX BLEU
marine, une bouche sensuelle, un profil de madone et, surtout, un
teint d'ivoire qui capture la lumière. Isabelle Adjani était
faite pour le cinéma. Depuis ce jour de 1969 où Bernard
Toublanc-Michel l'a engagée pour « le Petit Bougnat » (elle
avait 14 ans), elle a tout joué et avec les plus grands metteurs
en scène et acteurs. Lorsqu'elle crève l'écran, en 1983, dans
le rôle d'Eliane, la pin-up perverse et fragile de « l'Eté
meurtrier » de Jean Becker qui lui vaudra le César de la
meilleure actrice, elle a déjà empoché (l'année précédente)
un César pour sa prestation dans « Possession » d'Andrzej
Zulawski. Elle a aussi côtoyé Claude Pinoteau et Lino Ventura
pour « la Gifle » (1974), François Truffaut avec « l'Histoire
d'Adèle H » (1975), André Téchiné et Isabelle Huppert dans
« les Soeurs Brontë » (1979). Sans oublier Jean-Paul Rappeneau
et Yves Montand pour « Tout feu tout flamme » (1981), ou encore
Claude Miller et Michel Serrault pour « Mortelle randonnée » (1983).
Ses apparitions à l'écran s'espaceront ensuite. Toutefois, elle
sera encore couronnée par deux fois aux Césars : pour «
Camille Claudel » déjà (1989) puis « la Reine Margot » (1993)
qui sera son dernier grand succès au cinéma. En 1997, un rôle
de premier plan, celui de présidente du jury du 50e
Festival de Cannes, lui rendra une aura quelque peu dissipée par
trois « ratages » cinématographiques : « Ishtar » (1987), «
Toxic Affair » (1993) et « Diabolique » (1996). A quand un
retour devant les caméras ? Si tout va bien, en 2001 dans « la
Repentie » de Laetitia Masson.
B.A.
Qui
se cache derrière la diva ?
ON A TOUT DIT
D'ELLE : qu'elle était élégante, signée Dior, et qu'elle ne l'était
pas ; qu'elle était adorable et détestable ; lucide et folle ;
idole et sorcière. On a même soutenu qu'elle était quasi morte,
victime du sida, alors qu'elle se portait comme un charme. Vérifications
faites, c'était son silence qui la tuait. Ce qu'on a moins évoqué
chez Adjani la solitaire qui connut pourtant le meilleur et le
pire avec deux hommes clés, Bruno Nuytten et Daniel Day Lewis,
qui lui donnèrent chacun un enfant (Barnabé et Gabriel Kane) ,
c'est son côté sans frontières, sans racines. Fille d'un père
algérien et d'une mère allemande, Isabelle Adjani est une femme
sans territoire. S'il y avait une bande de Gaza pour les acteurs,
elle s'y trouverait. L'écrivain François Sureau a dit qu'elle
était la fille de deux défaites. C'est terrible et c'est peut-être
vrai. Aujourd'hui, Adjani est fille de gloire. C'est la plus
grande de nos stars. Et comme les étoiles, son talent consiste
à nous éclairer de loin. Ce que nous aimons chez elle, c'est la
fragilité d'une porcelaine et son refus à être trop facilement
cassée. C'est un cliché que de dire combien le temps n'a pas de
prise sur son visage. François Truffaut, qui lui offrit le rôle
d'« Adèle H », disait d'elle : « Elle échappe à toute
comparaison. Quant à sa beauté, tout ce que je peux dire, c'est
qu'elle n'a jamais pris de bain de soleil. » Sur Truffaut, elle
avouait : « Nous avons eu une somme de malentendus harmonieux.
» C'est tout elle, ça. Isabelle fidèle à Adjani. Une Adjani
militante quand ça lui chante. N'a-t-elle pas lu, en robe de
dentelle blanche, quelques « Versets sataniques » de Salman
Rushdie ? N'a-t-elle pas adhéré à l'Association de soutien aux
femmes algériennes, créée par la députée RPR Nicole Catala ?
Ceci et bien d'autres choses.
A part ça, dans la presse, les adjectifs se bousculent : « secrète », « mystérieuse », « insaisissable », « épisodique ». Le théâtre fut son tremplin, mais qui se souvient d'« Ondine » ? La mort du petit chat, dans « l'Ecole des femmes », fut sa révélation. Après quelques succès et non le moindre, Camille Claudel, pour lequel elle passa à deux doigts de l'Oscar, où elle parut en dentelle d'or et en tulle (la robe numéro 58 de la collection Dior) le cinéma fut son bourreau : il la laissait nue aux portes de la légende. Chéreau lui a offert son quatrième César en 1994. Depuis, rien. Ses enfants l'accaparent. Elle est comme le furet de la chanson : un jour ici, un autre là. Un jour en Suisse, un jour à Paris. La dernière fois qu'elle a posé ses valises dans la capitale, c'était dans le VIIIe arrondissement, pas loin du lieu où Francis le Belge a été abattu. Adjani est une nomade. Et, de surcroît, une fragile, une midinette. Voulez-vous connaître son rêve ? Tourner avec Delon. Et son désir total ? « Ne pas vieillir dans ce métier » où il n'y a pas de « compassion ».
Pierre Vavasseur
«
Elle n'est pas capricieuse mais perfectionniste » ALFREDO ARIAS,
metteur en scène de « la Dame aux camélias »
Comment s'est
déroulée votre première rencontre avec Isabelle Adjani ?
Alfredo Arias. C'était en mai, au bar d'un grand hôtel parisien.
Tout de suite, je lui ai expliqué la façon dont je voulais
travailler et la vision que j'avais de cette « Dame aux camélias
». On a parlé de choses très précises, du décor, de la mise
en scène. Je cherchais à savoir si on était sur la même
longueur d'ondes. Nous nous sommes testés mutuellement. Vous
vous connaissiez déjà ? Non. Je ne l'avais jamais rencontrée.
Je savais que c'était une femme d'engagement mais je ne pensais
pas trouver quelqu'un d'aussi sensible. A-t-elle eu des exigences
particulières ? Ce qui la préoccupait, c'était de savoir si je
serais suffisamment disponible pour la faire répéter longtemps.
Elle voulait avoir du temps pour se préparer. C'était logique,
après dix-sept ans d'absence au théâtre. Certains assurent qu'elle
se comporte comme une diva ? On raconte beaucoup de choses.
Franchement, si elle est parfois nerveuse, c'est parce qu'elle a
un grand souci du détail. Contrairement à ce que certains prétendent,
elle n'est pas capricieuse mais perfectionniste.
Propos recueillis par Bruno Courtois
Un
inusable mélo !
«LA DAME aux
camélias », alias Marguerite Gautier, qu'Isabelle Adjani
incarne, à partir de ce soir, est une demi-mondaine qui a
sacrifié sa vie de femme entretenue par amour d'Armand Duval.
Mais, lorsque le père d'Armand la suppliera de quitter son fils
pour ne pas compromettre l'avenir de son amant, elle acceptera de
s'effacer. Armand ne la reverra qu'au moment où elle agonise,
victime de la phtisie. Ce drame fut inspiré à Alexandre Dumas
fils par le cruel destin d'une de ses amies, Alphonsine Plessis,
orpheline de mère qui avait été contrainte par son père de
mendier puis de se prostituer. Entretenue par le comte de
Stackelberg, elle épousa Edouard de Perregaux, et mourut emportée
par la tuberculose. De cette tragique histoire, Alexandre Dumas
fils tira, en 1848, un roman qui lui valut, à 24 ans, la célébrité.
Il adapta ensuite le roman pour la scène et déclenchait dans le
public le plus grand torrent de larmes qu'ait connu l'histoire du
théâtre ! Le cinéma prit la relève avec trente-six
adaptations. Les plus grandes comédiennes se disputèrent le rôle
de Marguerite : Sarah Bernhardt, Greta Garbo, Yvonne Printemps,
Edwige Feuillère, Isabelle Huppert ou encore Micheline Presle.
A.L.
PREMIERE. « Belle », « éblouissante, « radieuse », aucun adjectif n'était trop fort pour qualifier, hier soir, Isabelle Adjani qui effectuait son grand retour sur scène au Théâtre Marigny dans « la Dame aux camélias ».
Isabelle
Adjani ovationnée pour son retour
POUR SES
RETROUVAILLES avec la scène, Isabelle Adjani a triomphé hier
soir dans « la Dame aux camélias ». Lorsque le rideau est tombé,
à la fin de la représentation, le public s'est immédiatement
levé. Applaudissements, cris d'encouragement, sifflements de
toute sorte. Hier soir, ce retour sur scène dix-sept ans après
que la comédienne a quitté les planches et six ans après « la
Reine Margot » au cinéma a été suivi d'un interminable
rappel. Un retour triomphal. Au même moment, en coulisse, l'air
est devenu tout à coup plus respirable. Comme si tout le monde
se sentait soudain léger. Comme si le pari était en passe d'être
gagné. C'est incontestable, tous ceux qui étaient venus hier
pour voir Isabelle ne sont pas sortis déçus. « Belle », « éblouissante
», « radieuse ». Les mots les plus élogieux ne manquaient pas
pour définir la comédienne qu'Alfredo Arias, son metteur en scène,
ne cessait de qualifier de « magique », ces derniers jours. Il
n'empêche, malgré l'enthousiasme général, il y eut, à la
sortie, quelques bémols. Des réserves qui ne concernaient pas
la mise en scène et encore moins la prestation de la star. Ces
critiques concernaient plutôt la pièce elle-même. Une oeuvre
qualifiée d'« ennuyeuse » pour certains. « Un interminable mélo
», ajouteront les langues les plus dures, pas franchement
conquises par l'oeuvre d'Alexandre Dumas fils. Quelques
spectateurs ont même filé à l'anglaise à l'entracte...
Il faut dire qu'hier soir, pour cette première, le public n'était pas celui qu'on rencontre habituellement dans les théâtres. Il était essentiellement composé de cinéphiles qui avaient réservé leurs places par l'intermédiaire de la Fnac (cartes de fidélité et site Internet). La plupart de ces « privilégiés », quoiqu'ayant payé plein tarif, ignoraient même qu'Adjani avait été révélée par le théâtre ! Reste que, dans les coulisses du Théâtre Marigny, les gerbes de fleurs ont afflué toute la soirée. Certaines étaient restées posées à même le sol, à l'entrée des artistes, la loge de la star étant trop étroite pour accueillir tous ces bouquets de roses blanches et de... camélias. Jusqu'au 25 janvier (mais déjà complet jusqu'à Noël) au Théâtre Marigny, Carré Marigny, Paris VIIIe. A 20 h 30 du mardi au samedi. Matinées à 16 heures samedi et dimanche. Places de 70 F à 350 F. Location du lundi au samedi de 11 heures à 19 heures. Tél. 01.53.96.70.00.
Bruno Courtois
ANSA
TEATRO: ISABELLE
ADJANI, LA SUA DAMA TRIONFA A PARIGI
(ANSA) - PARIGI, 19
OTT - Bella, radiosa, abbagliante: Isabelle Adjani ha trionfato
ieri sera a Parigi quando nei panni struggenti della cortigiana
Marguerite Gautier, la Signora delle Camelie, e' ritornata per la
prima volta in palcoscenico dopo diciassette anni d'assenza. Alla
calata del sipario il pubblico del teatro Marigny si e' alzato
immediatamente in piedi e ha subissato di applausi la piu'
misteriosa e imprevedibile diva del cinema francese, famosa in
tutto il mondo grazie a film come ''Adele H'' di Truffaut, ''Subway''
di Besson e ''La regina Margot'' di Chereau. Per il suo ritorno
al teatro come protagonista di questo nuovo adattamento della
celeberrima ''Dame aux Camelias'' di Dumas figlio, la Adjani ha
fatto un sacrificio finanziario: ha accettato una paga del tutto
simbolica. ''Cosi' - ha spiegato - si potranno offrire al
pubblico posti meno cari per le cento rappresentazioni in
programma''. Quarantacinque anni, sul lavoro molto esigente (e
bizzosa), l'attrice ha impostato lo spettacolo seguendo fino in
fondo i suoi istinti e - a quanto e' trapelato - si e' messa cosi'
a piu' riprese in conflitto con il regista, l'argentino Alfredo
Arias. (ANSA).